Au dessus de Chiba

Science-fiction : romans, nouvelles, films...

02 novembre 2008

Janua Vera, la deuxième couche

Lecture en cours : Robert E. Howard, Solomon Kane

Je reviens sur ce recueil de nouvelle, comme promis. Tout d'abord pour répondre au commentaire du Pendu, que j'avais laissé en suspens. Oui, je suis d'accord sur la qualité du style de Jaworski. Je ne l'ai peut-être pas assez dit, mais même si je trouve que parfois il en fait un peu trop, dans l'ensemble la qualité de l'écriture justifie, à elle seule, qu'on s'intéresse à Janua Vera.

Concernant la remarque sur Mary Gentle, là aussi je suis d'accord avec mon illustre commentateur. La psychologie des personnages, chez Jaworski, est beaucoup plus fine, beaucoup plus délicate, et par là beaucoup plus crédible et intéressante, et chaque personnage est traité avec une profondeur qu'on retrouve dans peu de roman. Ma comparaison avec l'auteur du Livre de Cendres ne concernait que les combats : dans les deux cas, on a un souci du réalisme, un refus de l'esbroufe et de l'héroïsme qui fait qu'on se sent vraiment immergé dans cet univers médiéval.

Si je me plaignais tantôt de ce que les histoires, les intrigues des différentes nouvelles de JV, n'allaient pas révolutionner l'histoire de la littérature contemporaine, j'ajoutai un bémol pour deux d'entre elles. Explications.

La première, c'est Un conte de Suzelle. C'est la vie d'une femme du peuple, d'une paysanne. L'histoire d'une femme déçue. Le texte nous la fait découvrir enfant, et on la suit jusqu'au tombeau. Entre ces deux points, tout et rien à la fois. Une vie. Habilement, l'auteur nous fait miroiter, dès le départ, que cette jeune Suzelle est promise à un avenir extraordinaire, suite à sa rencontre avec un étrange farfadet. Alors on attend. On attend, mais l'ennemie ne vient pas, pas plus au village de Giraucé qu'au fort de Belonzio. Et à travers cette attente déçue, Jaworski nous montre ce qu'est une vie, une vraie : des rêves jamais réalisés, et la possibilité d'être juste quelqu'un qui tient sa place, qui aurait bien aimé en avoir une meilleure, mais qui apprend à se contenter de ce qu'elle a, ce qui est parfois plus difficile que d'être un héros Dans ce texte à la tristesse douce, Jaworski rejoint un peu le Kloetzer du Royaume blessé. Il joue avec les codes de la fantasy, où les gens sont prédestinés à accomplir de grands actes, à devenir des héros, dès lors qu'un romancier s'intéresse à eux. Eh bien ce n'est pas vrai, nous disent en coeur les deux écrivains. On peut se croire doté d'un destin fabuleux, parce que c'est de famille ou bien parce qu'on a fait (ou rêvé ?) une rencontre surnaturelle, et tout ce qu'on obtient, au final, c'est la vie, la vraie, la banale, qu'on se prend en plein dans la gueule. alors on peut se révolter contre cette "injustice", vouloir prendre de force ce qu'on estime nous être dû (version Eylilr dans le royaume blessé), ou bien se résigner, et essayer malgré tout d'être une personne bonne, et juste. Une parmi d'autre. Version Suzelle. Très belle version, attachante, subtile, délicate. Bref, le Conte est bon.

La deuxième nouvelle qui m'a marqué est celle qui ferme le recueil, Le confident. Aux antipodes de la précédente, qui semblait baignée d'une lumière douce et apaisée, quoiqu'un peu triste, ce texte-là est d'une noirceur absolue. Jaworski joue avec une extrême finesse sur la peur du noir, cette peur fascinante qui nous fait voir des monstres, des fantasmes, lorsqu'on fixe les ténèbres, les yeux écarquillés. À travers la longue confidence de ce moine qui a choisi la plus terrible des mortifications, celle d'être littéralement enterré vivant, on se retrouve enfant, au milieu de la nuit d'une chambre sans veilleuse, à scruter l'insondable, cet univers terrifiant  qui commence à vingt centimètres de soi, juste au bout de ses doigts qu'on n'arrive pas même à voir.

Le narrateur revient sur sa vie de clerc obscur et raconte son retrait progressif du monde des vivants, jusqu'à cette mort avant l'heure. Sa lente descente, à la fois terrifiée et fascinée, vers son ultime rôle au sein de son ordre, évoque les pulsions masochistes, morbides, qu'il y a derrière une certaine forme de pratique extrême de la religion. Pour ma part, elle m'a rappelé la très forte impression que m'avait fait le film d'Alain Cavalier, Thérèse, consacré à la vie et au quasi-suicide de la carmélite. On pense y retrouver aussi les liens entre la religion et la fréquentation de la mort, liens particulièrement forts durant la période des Guerres de religion (que Jaworski a mis en scène dans son premier jeu de rôles). C'est particulièrement frappant lors de la scène où le confident raconte son initiation, couché dans le noir absolu entre les cadavres des deux fondateurs de l'ordre. Un texte à lire avec beaucoup de lumière autour de soi.

J-F S.

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22 septembre 2008

Janua Vera - 1

Lecture en cours : Robert E. Howard, Solomon Kane

J'ai craqué... J'ai acheté un roman de fantasy. Mais qu'est-ce qui m'a pris ? Bon, d'abord, j'ai choisi ce bouquin sur la foi du nom de l'auteur : Jean-Philippe Jaworski, c'est quand même le type qui a pondu le jeu de rôles Te Deum pour un massacre, ce qui n'est pas rien. Ensuite, j'ai suivi les conseils de mon libraire, alors que je devrais me méfier (ce garçon a parfois des goûts bizarres...)

Et me voila donc devant les quelques 300 pages estampillées "Moutons électriques éditeur" et emballées par une couverture d'Howard Pyle, plutôt réussie et tout à fait en accord avec le contenu.

Le contenu donc. Première découverte, ce n'est pas un roman, mais un recueil de nouvelles. Plus exactement un fix-up, puisque tous ces textes, s'ils peuvent se lire indépendamment, sont reliés entre eux par l'appartenance à un univers commun, le "vieux royaume" (mais où vont-ils chercher des noms comme ça, par les tripes d'Arioch ?), une chronologie et des événements historiques qui reviennent de loin en loin comme toile de fond, et même certains personnages principaux d'une nouvelle qui viennent faire une petite apparition de guest-star dans une autre (le chevalier d'AEdan* qui fait un court passage dans Une offrande très précieuse...).

Le monde lui-même est fort proche du notre, vers la fin du Moyen-Âge : une république vénitienne rebaptisée Ciudalia, quelques baronnies féodales, un assemblage de clans plus ou moins celtes que les royaumes voisins considèrent comme des barbares, des guildes, des scribes... Ce qui est plaisant, dans ce monde, c'est son réalisme (en particulier celui des combats : c'est brutal, sans beauté aucune, et on y meurt davantage de septicémie que d'étêtement ; pour tout dire, les scènes de violence rappellent l'excellent Livre de Cendres de Mary Gentle), et le recours des plus limités à la magie ou au bestiaire fantastique, qui, en général, encombre la fantasy et sert de Deus ex machina à des auteurs paresseux. Ici, à l'exception de l'amusant et peu mémorable Jour de guigne, tout fonctionne presque sans sortilège, monstres ou événements surnaturels, et les quelques incursions faites dans le domaine de l'irrationnel ne sont jamais assénées au lecteur. Il reste toujours libre de penser qu'elles ne sont non pas des faits réels, mais le fantasme des imaginations superstitieuses des personnages de l'histoire. Le farfadet vaguement elfique que Suzelle rencontre ? Une version médiévale du bovarysme. La vieille sorcière dotée de pouvoirs que rencontre Cecht ? Superstitions inventées par un barbare frustre terrorisé par la nuit au fond d'un bois...

Chacune des nouvelles se lit bien (avec une mention spéciale pour d'eux d'entre elles,, mais dès la première, Janua Vera, j'ai été agacé par une caractéristique qui m'a fait comprendre pourquoi, en règle générale, je n'aime pas la fantasy et j'aime la SF : tout bien fichus qu'ils sont (intrigue, univers, construction du récit, personnages attachants, rythme, etc.), ces textes ne recèlent pas d'idées. Janua Vera ? Une énième variation sur l'histoire du vizir qui, ayant croisé la Mort à Bagdad, croit la fuir en partant à Samarcande. Mauvaise donne ? Un scénario ultra-classique de jeu de rôles, du genre que je n'osais plus proposer à mes joueurs de peur de m'attirer une réponse comme : "Un assassinat sans histoire à réaliser pour notre commanditaire ? Ouais, on va le faire, mais on se doute bien que ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît, et on sait pertinemment qu'une fois que l'attentat aura foiré, on découvrira que c'était un piège et qu'on a été sacrifiés pour de plus hautes considérations politiques." Ad lib.

Chaque nouvelle est un récit, bien mené, plaisant, mais après ? Après, rien. Pas de question, pas d'idée, pas de réflexion. Juste une bonne histoire.

Plus encore, chaque texte dévoile une petite part d'un univers dans lequel on se sent bien, parce qu'il est sans surprise, semblable à un passé fantasmé qu'on a tous dans notre tête. C'est confortable, on se sent chez soi, à la maison, il n'y a rien qui dépasse, les rues de la pseudo-Venise s'appellent "via" et non pas Strasse, les barbares sont bien hirsutes comme il le faut... La devise d'un bon univers de fantasy, ça pourrait être ça : "surtout, pas d'imprévu, que le stéréotype soit notre seule règle."

Ce n'est pas une critique envers Jaworski, il remplit avec brio le contrat passé entre un écrivain et un lecteur de fantasy. Cependant, moi, je ne suis pas un lecteur de fantasy : je n'aime pas me sentir aussi con à la dernière page d'un bouquin que je l'étais à la première.

On ne peut pas parler de Janua Vera sans mentionner le style dans lequel est écrit le livre. La langue y est soignée, soutenue, "raffinée" nous dit Laurent Kloetzer en quatrième de couverture. C'est extrêmement bien écrit, avec un vocabulaire riche, des tournures et des constructions recherchées, bref, ça chie à l'oreille, pour parler poliment. La phrase qui ouvre la nouvelle Janua Vera et, du même coup, le livre, mérite à elle seule une mention : "Le voici brutalement dressé, haletant, les yeux écarquillés sur la pénombres des appartements royaux." Un début comme ça, ça vous donne envie de continuer à lire. Le reste est à l'avenant.

Des esprits chagrins (et j'en suis) pourront reprocher à Jaworski de parfois en faire trop. Son style brillant, complexe, audacieux, riche, fait parfois penser à une pâtisserie de mariage américain, où le cuisinier s'est cru obligé de remettre une couche de chantilly par dessus le troisième étage de meringue et de pâte d'amande rose, avant de compléter par une giclée de coulis de framboise. Les citations placées en exergue de chaque nouvelles contribuent à donner cette impression de "Z'avez vu comment je fais péter la culture ?" : Perse, Hugo, Eluard, Borges (en V.O., s'il vous plaît), Rutebeuf... On voit que Môssieur lit autre chose que le catalogue de l'outilleur auvergnat. Mais bon, aussi, on est aux Moutons électriques, l'éditeur qui ne fait pas dans le simple, l'humble ou le vulgaire.

À cette réserve près, il faut quand même saluer l'excellente qualité de la langue ; elle est pour une grande part responsable du plaisir qu'on a à lire ces nouvelles.

Je voulais continuer cette critique en disant tout le bien que je pensais de deux des textes du livre, Conte de Suzelle et, surtout, l'excellent Le confident, mais ça commence à être un peu long, alors ce sera pour une autre fois...

J-F S.

* : Ha, mortecouille ! voila le genre de maniérisme qui m'agace, chez les auteurs de fantasy : trouver des noms propres imprononçables ou difficiles à écrire avec un jeu de caractères standard, comme si ça pouvait passer pour de l'imagination. Voila qui me rappelle mes premières parties de Donjons & Dragons, où les joueurs se croyaient les rois du pétrole dès qu'ils avaient pondu un nom de personnage tellement imprononçable qu'il aurait pu rapporter plus de 75 points au Scrabble...

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13 novembre 2007

Tout est dans la nuance...

Petite anecdote des Utopiales qui se sont déroulées à Nantes il y a quinze jours. Une table ronde était organisée sur "la crédibilité scientifique dans le space-opera". Autour de l'animateur, l'incontournable JC Dunyach, Sylvie Denis, Gérard Klein et Gregory Benford.
Le débat ronronne doucement, entre les tenants d'un minimum de rigueur scientifique comme condition nécessaire à la "suspension of disbelief" et ceux qui pensent qu'on peut violer la science si c'est pour lui faire de beaux enfants.
Et voilà que Greg Benford, au détour d'un développement sur la science et l'histoire, balance un définitif : "c'est pour ça que je n'aime pas la fantasy, c'est un genre qui fonctionne sur la nostalgie" (traduction approximative de ma part). Tout de suite, je me dis que je vais aimer cet homme (même si son Dans l'océan de la nuit m'était tombé des mains). Ca bruisse sur l'estrade et dans le public, les camps se forment, on commence à creuser les tranchés.
Arrivent les inévitables "questions du public". Evidemment, la problématique de la science est rapidement évacuée et la chasse à l'Anglais est déclarée ouverte. La contre-attaque du camp des dragons est menée par une jeune femme qui, sérieuse comme un conclave de magiciens un soir de pleine lune, déclare que le monsieur a tort, la fantasy n'est pas un genre nostalgique, mais plutôt "un genre traditionaliste".
Forcément, dit comme ça, ça fait tout de suite davantage envie...


J-F S.

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30 novembre 2006

Le royaume blessé

Lecture en cours : Wayne Barrow, Bloodsilver.

Un lecteur un tant soit peu attentif de mon blogue pourrait penser penser que j'éprouve une certaine animosité envers l'heroic-fantasy. C'est totallement faux. Je n'aime pas les mauvais romans, c'est tout. Après, ce n'est pas de ma faute si la plupart des machins étiquetés HF sont d'une qualité médiocre (et encore, je suis poli...). Même les soi-disant "incontournables" du genre : "Tu devrais lire Robin Hobb, ça déchire sa race", "Ah oui, mais la Compagnie noire, c'est pas de la fantasy de fillette, ça te plaira", "Comment peut-on ne pas aimer Tolkien1 ? Forcément, il faut le lire en anglais2, la traduction est pourrie"...

Mais bon, malgré cette légitime méfiance, je me suis attaqué au gros pavé (600 et quelques pages !) qu'est le Royaume blessé. Avant tout parce que, depuis que j'ai lu Reminiscence 2012, je sais que Laurent Kloetzer est un monsieur très bien. Avec du style et avec des idées. Il y en a au moins trois dans le Royaume blessé qui méritent qu'on s'y arrête.

D'abord, une volonté de "casser les codes". Le roman raconte la vie du frère d'un roi presque légendaire, jeune homme bouillonant, à cheval entre deux cultures, celle, policée, d'un grand empire ultra-administratif et celle, beaucoup plus agitée, d'un groupe de tribus plus ou moins barbares. Dès le départ, le personnage principal semble marqué par un destin plus grand que lui (héritage de ce frère dont l'histoire, inspirée de la vie d'Alexandre le Grand, est brossée en quelques chapitres d'une efficacité impressionante). Mais bien vite, Kloetzer s'empresse de prendre ses lecteurs à contre-pied : le destin n'existe pas, si le personnage fait des conneries (il en fait beaucoup), rien ni personne ne le sauvera. Finallement, le Royaume blessé raconte la trajectoire d'un homme qui voulait être un héros, qui se croyait destiné à devenir une légende, et qui paiera de sa déchéance les conséquences de ses actes.

Presque comme un corrolaire de ce parti-pris, Kloetzer réussit à bannir pratiquement tout élément fantastique (si l'on excepte quelques passages dans le royaume des morts) de l'histoire : pas de monstres, pas de sorciers, pas de magie, pas de malédiction... Uniquement des hommes, des femmes, des actes et des sentiments.

Et tout cela sans ennuyer son lecteur une seconde. Malgré ces contraintes, malgré la longueur du texte, on se laisse emporter par l'action, par les rebondissements, par l'ambiance. Seul défaut que l'on pourrait reprocher au Royaume blessé : on décroche parfois un peu de l'histoire en raison de la multiplication des personnages qui surviennent, disparaissent, reparaissent 100 pages plus loin...

Enfin, dernier des trois points qui m'ont marqué dans ce roman, la narration. L'histoire nous est contée par une sorte de barde/enquêteur, qui finira par briévement croiser son idole. Procédé assez classique, me direz-vous, mais là où les choses deviennent intéressantes, c'est dans la façon habile avec laquelle Kloetzer alterne deux histoires : d'un côté, la vie tumultueuse de cet "homme qui voulait être roi", de l'autre les tribulations, parfois comiques, de son biographe autoproclamé. Héros contre hérault, en quelques sorte, et les aventures du second sont tout aussi passionantes. Ce procédé présente en plus l'intérêt d'offrir un autre point de vue sur l'univers du roman, plus terre à terre, moins grandiloquent, ce qui renforce la crédibilité du monde créé par Kloetzer.

Petit ajout : un lien vers le site de Laurent Kloetzer (même si celui-ci ne parle pas de son dernier roman... A quand une mise à jour ?).


 


J-F S.

 

1 : Prononcer "Tolkeeeeeeeeen", pour faire celui qui sait.

 

2 : Et pourquoi pas en quenya ?

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07 décembre 2005

Retour au Disque-Monde

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de roman de Terry Pratchett. J'ai récemment renoué avec cette coupable activité en lisant Les tribulations d'un mage en Aurient, titre dont l'initiative malheureuse est à verser au dossier du traducteur qui a préféré ce jeu de mot bas de gamme (suis-je le seul à trouver du dernier ringard les soit-disant calembours basés sur des mots inventés pour leur homophonie ?) au titre original, Interesting times.
aurientMis à part ce choix douteux, le roman est excellent, et la traduction de Couton toujours remarquable (j'ai même trouvé une contrepêterie, vraisemblablement propre à la version française, en tout cas elle n'est pas mentionnée pour le texte original dans les Annotated Pratchett Files....).
Rincevent revient, et après une hilarante scène dans l'Université Invisible, il se fait envoyer dans un Empire lointain qui ressemble fortement à la Chine impériale additionée de tous les clichés possibles sur l'extrême-orient (quoique... à bien y réfléchir, ce pays où des politiciens cruels et ambitieux se livrent à une guerre sans merci pour le pouvoir tout en habituant le peuple à rester dans la plus parfaite soumission, ça peut aussi évoquer une démocratie d'Europe occidentale qui a décrété l'état d'urgence suite à quelque agitation habillement montée en épingle par le chef de la police...). Dans cet empire pseudo-chinois, on retrouve aussi le vieux barbare gâteux Cohen, à la tête de sa Horde d'argent.
Bref, un très très bon Pratchett, qui me donne envie de me replonger dans cette série alors que les précédents volumes me paraissaient trahir un certain essoufflement de l'auteur.
Allez, pour finir, ce petit bout de dialogue entre deux des quatre cavaliers de l'Apocalypse, préparant un pique-nique :
<< On a... voyons voir... oeuf et cresson, poulet tikka et fromage bien fait avec cornichons croquant je crois.
-- ON FAIT DES MERVEILLES AVEC DES SANDWICHES CES TEMPS-CI
-- Oh... et un jambon surprise.
-- VRAIMENT ? QU'EST-CE QUE LE JAMBON A DE SURPRENANT ?
-- Je ne sais pas. J'imagine que ça doit faire un choc au cochon. >>


J-F S.

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29 juin 2005

Pratchett-Craven

Sur les murs parisiens fleurissent les affiches pour le nouveau film de Wes Craven. Histoire de ratisser le plus large possible dans le vivier des teen-agers élevés au grain (de pop-corn), on flatte le lettré avec un "slogan" nietzschéen qui ne déparaillerait pas sur la quatrième de couverture d'un livre de Jean-Christophe Grangé :

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.


Chaque fois que je lis cet aphorisme me vient à l'esprit la phrase duale que Terry Pratchett met dans la bouche de l'un de ses héros (je ne sais plus lequel, mais j'imagine qu'il doit s'agir de Rincevent) dans les Annales du Disque-Monde :

et ce qui nous tue nous rend... mort.


J-F S.

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