Au dessus de Chiba

Science-fiction : romans, nouvelles, films...

24 avril 2007

Bifrost n°46

Lecture en cours : Kim Stanley Robinson, Les quarante signes de la pluie

Reçu tout récemment le dernier Bifrost... Pas franchement emballé par la chose. Passons pudiquement sur la couverture, il y a peut-être des enfants qui me lisent. Trois nouvelles, toutes assez courtes, dans ce numéro.

Tout d'abord, un texte de la vedette de ce numéro, Gérard Klein. Rien de bien percutant. Sympathique, amusant, peut-être, et puis on devine assez facilement qu'il y a là un hommage au très beau Demain les chiens de Simak (ainsi qu'à une nouvelle de Brown, de façon plus anecdotique), mais je m'attendais à quelque chose d'un peu plus percutant de la part d'un tel personnage. Ce Rôle de l'homme me laisse assez froid (tiens, à l'instant je remarque un deuxième clin d'oeil à un autre texte célèbre, du même Brown, je crois bien : le titre de la nouvelle de Klein joue sur la même ambiguité que le fameux Servir l'homme.)

Vient ensuite Voyageurs imprudents, de Christophe Lambert (tiens, encore un titre qui fait un gros appel du pied aux Grands Anciens de la SF... C'est une mode ?). Là encore, rien de sérieux à reprocher à cette amusante histoire de voyageurs temporels qui choisissent les moments les plus hot de l'Histoire pour s'envoyer en l'air (en l'occurence, le naufrage du Titanic, décidemment marotte de l'auteur), mais on a l'impression qu'on nous ressert un vieux plat (déjà mitonné dans le plus percutant Vol United 93 pour San Francisco) qu'on se contente d'épicer de quelques scènes scabreuses. Mais au final, il ne se passe pas grand chose d'intéressant sur ce Titanique, et le lecteur reste de glace, comme le principal personnage de l'histoire.

Enfin, les choses s'améliore avec l'exxxxcellent Alastair Reynolds (ai-je déjà dit combien j'admirai cet auteur ? Je crois que oui...) qui fait, hélas, le service minimum, mais le minimum de Reynolds, ça vaut déjà son pesant de cacahuètes intersidérales. Son Espion sur Europe, s'il s'inscrit toujours dans cet univers bourré d'inventions à la fois délirantes et assises sur de solides bases scientifiques, n'a pas le côté vertigineux du précédent texte paru dans Bifrost, Galactic North. On est plutôt dans l'historiette, dans l'anecdote au milieu de la grande fresque des Inhibiteurs, un peu comme dans la nouvelle du même publiée il y a peu dans Galaxies...

Bref, un Bifrost plutôt moyen pour les nouvelles. Pour le reste, l'édito est toujours saignant mais semble assez juste, le cahier critique est, comme d'habitude, passionant (je constate qu'Org relève les mêmes défauts que moi à propos de Zoulou Kingdom, même si lui en tire un bilan beaucoup plus positif), et, très prochainement, il faudra que je lise l'interview de Klein.

J-F S.

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10 août 2006

Bifrost n°43

Après le volumineux numéro-anniversaire, Bifrost change de tactique : plutôt qu'une pléthore de texte, on n'a droit, ici, qu'à trois nouvelles. Mais si l'une est d'un format plutôt ramassé, les deux autres sont de véritables novellas, longueur qu'Olivier Girard semble particulièrement apprécié, que ça soit dans sa revue ou aux éditions du Belial (citons, parmi bien d'autres, l'excellent Atomic Bomb de Calvo et Colin, ou le plus discutable Derniers contrats de Daemone Eraser de Thomas Day - quoique la fin, tentative assez astucieuse d'appliquer la mécanique quantique à la littérature, vaut à elle seule la lecture de ce petit roman...).
Pour une bonne photo de groupe, on préconise de faire passer les petits devant. Attaquons donc par Après-guerre, d'Emanuel Jouane. Honte à moi, je ne connaissais pas cet auteur, qui fut, à en croire le dossier que ce même Bifrost lui consacre, un acteur majeur du genre dans les années 80-90. Quasi-fondateur du groupe Limite, même (ça, j'en avais quand même entendu un peu parler...). Premier texte que je lis de lui, donc, cette Après-guerre ne m'a pas convaincu. C'est bien écrit, « sur-écrit », même, aurais-je envie de dire, si je savais ce que ça signifie. Mais c'est un peu vague, on sent qu'il y a un énorme univers derrière cette histoire de type qui se ballade, peut-être, sur les prémices d'un conflit galactique, mais l'auteur ne semble pas daigner nous éclairer plus que cela.
Passons maintenant aux deux « moyens métrages » de cette livraison. Tout d'abord Ugo Bellagamba, habitué à avoir les honneurs des éditions du Belial. Une fois encore, il ressort ses marottes d'historien. Cette fois-ci, Quirites (je ne savais même pas que ce mot existait dans mon dictionnaire... Dingue, non ?) met en scène une sorte d'arche spaciale où l'on vit à l'époque romaine : empereurs tyraniques, prêtres, esclaves et soldats disciplinés... Si l'on passe sur certaines complaisances dans la violence (ha ! le coup du foetus cloué au mur au dessus du cadavre de sa mère... Il ne manquait qu'une scène de sodomie avec le pilum pour qu'on se croît dans du Thomas Day de la grande époque), le texte est agréable à lire, rappelant un peu L'apopis républicain, du même auteur. Les personnages sont très stéréotypés, surtout pour un texte aussi long, mais l'originalité de la chute (et le mot n'est pas employé au hasard ici...) rattrape ces petits défauts. Bref, après avoir dit beaucoup de mal des autres textes de Bellagamba que j'avais lus, je commence à réviser mon jugement sur cet auteur... Il ne faut jamais désespérer.
Et voici le clou du spectacle, j'ai nommé : Monsieur Alastair Reynolds himself, dans une longue nouvelle issue du cycle des Inhibiteurs, Galactic North (note du Toubon qui sommeille en moi : « Hé, m'dame Denis, ça t'aurait écorché les doigts de traduire le titre en même temps que le texte ? »). Je ne voudrais pas entretenir une guerre Galaxies - Bifrost (Thomas Day y réussit très bien tout seul dans une nouvelle rubrique consacrée aux revues ; j'y reviendrai...), mais force est de constater que Girard a eu plus de nez que Nicot pour choisir son Reynolds. Au contraire de la Grande muraille de Mars, on retrouve ici la démesure, le vertige scientifique, les échelles de temps titanesques (mine de rien, l'histoire se déroule sur plus de 380 siècles, alors venez pas vous plaindre pour un blog qui reste en jachère pendant 2 petits mois...), le foisonnement d'idées sur les sociétés du futur, les extra-terrestres... qui font tout le sel des romans de Reynolds. Impossible de résumer l'histoire. Qu'on sache seulement qu'on y retrouve les Démarchistes et les Conjoineurs, que les Inhibiteurs sont évoqués, mais qu'il y a pire comme ennemies de la vie : des nanobots de terraformation !
Pour terminer sur ce nouveau Bifrost, quelques mots sur les rubriques. Rien de neuf sur les critiques, toujours aussi intéressant. Pierre Stolze décortique l'autobiographie de Sadoul (se livrant, au passage, à la sienne...). Thomas Day inaugure une nouvelle rubrique, consacrée aux revues (Fiction n°3, Fantasy 2006 et Galaxies n°39 ont l'honneur d'essuyer les plâtres). Avec tact et mesure, cela va de soi, il analyse le contenu de la revue soeur de Bifrost. Sur le fond, je suis assez d'accord avec lui, en particulier sur la piètre qualité des textes francophones du dernier Galaxies. Sur la forme... Bah, c'est Thomas Day. J'ai un peu honte, mais j'avoue que ça me fait bien rire, parfois.
Deux rubriques plus "érudites" sont offertes au lecteur, mais rien d'emballant, à mon goût. Le premier volet des Anticipateurs (série consacrée à la recherche d'une proto-science-fiction) évoque trois utopistes des XVIIIe et XIXe siècle. C'est bien pour pouvoir épater lors des dîners mondains, mais ça ne m'a pas passioné, et encore moins donné envie de lire ces messieurs. Tiens, si vous voulez briller en société avec quelque chose d'un peu plus conséquent, allez donc écouter les conférences de Michel Onfray diffusées tous les soirs sur France-Culture (en podcast aussi), c'est beaucoup plus drôle, c'est passionant, et ceux qui ont apprécié La Vénus anatomique de Mauméjean auront le grand plaisir de retrouver La Metrie.
Pour Scientifiction, Roland Lehoucq cède sa place à un géographe, Alain Musset, qui nous parle des villes comme métaphore de la société dans la SF. L'article s'apparente à un long catalogue des oeuvres de SF mettant en scène des mégalopoles. Un peu vain, et on attendrait une analyse plus poussée. Mais bon, c'est l'été, on ne va pas trop se fatiguer les neuronnes !
Et pour finir par le début : dixième anniversaire oblige, la maquette de la couverture a (un peu) changé. Elle a un petit côté pulp. Pas laid, pas désagréable, mais pas forcément utile non plus. Et une jolie couverture de Marc Simonetti.

J-F S.

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08 juin 2006

Galaxies n°39

Lecture en cours : Charles Stross, Une affaire de famille.
Galaxies et Bifrost s'étaient retrouvés pratiquement au même moment dans ma boîte au lettre. Après avoir laissé la priorité au "spécial 10 ans", j'ai aussi lu le 39ème numéro de Galaxies. Comme d'autres l'ont fait remarquer, celui-ci fait assez pâle figure à côté du volumineux Bifrost, et ce n'est pas q'une question de taille (qui, comme chacun le sait, n'a pas d'importance).
Attaquons dans l'ordre.
Raymond Iss, Ils arrivent ! part d'une idée sympathique mais ne va pas suffisament loin pour produire un texte vraiment intéressant. Tout est dit dans les deux premières pages, le reste n'est qu'un déroulement logique, convenu et sans relief.
Alastair Reynolds, La grande muraille de Mars. Je me suis bien évidemment précipité en premier sur cette longue nouvelle qui a pour cadre l'univers du cycle des Inhibiteurs, dont les deux premiers tomes m'ont passioné. Univers bien fichu, techo délirante, style agréable, péripéties bien rythmées... Du bon space-opera saupoudré d'un peu de high-tech, comme on peut s'y attendre chez Reynolds. Mais une histoire qui n'est, au final, qu'une péripétie mineure comparée aux thèmes brassés par L'espace de la révélation ou La cité du gouffre. Espérons que nous aurons mieux dans les prochains textes courts de Reynolds qui sont annoncés chez Bifrost.
Robert Reed, Imparfait passé. Un peu le même problème que le texte de Iss (on dit "de Iss", ou "d'Iss" ? Je m'interoge...) : une idée de base intéressante et potentiellement riche, mais une intrigue bien plate, des personnages sans saveur et une chute affligeante.
Kathleen Ann Goonan, Les ossements de Kamehameha. Passons sur le fait qu'il est difficile de prendre au sérieux une nouvelle dont le titre évoque le cri de guerre de Dragon Ball. Reste une très (trop) longue nouvelle, sorte de Jeune fille, la mort et le temps en plus exotique, dilué, trop dilué, et où, au final, il ne se passe pas grand chose. J'avoue avoir sauté des pages. Peut-être la saveur de ce texte résidait-elle dans les trous de ma lecture ?
Nathalie le Gendre, Un fabuleux projet. Voilà qui laisse perplexe le lecteur. Trois pages. C'est court, mais quand on n'a rien à dire, ça fait long... Franchement, je ne comprends pas. Il n'y a pas d'histoire, tout juste un début de quelque chose d'une banalité stupéfiante, et c'est fini. Ou bien c'est un exercice de style, une sorte d'expérience littéraire un peu limite, quelque chose qu'on pourrait appeler "un haiku d'épée dans l'eau", ou bien l'imprimeur a perdu une dizaine de pages, ou bien il y a des subtilités qui m'échappent...
Norman Spinrad, La main tendue. Là on respire. On se dit que, finallement, le niveau va remonter. Et on commence par du grand Spinrad, de la verve, du cynisme, de l'humour... Cette nouvelle construite comme une collection de dépêches d'agence et autres fragments de texte s'apparente aux meilleurs textes de l'auteur des Années fléaux... Jusqu'à l'avant-dernière page. Et là, on nous assène une chute bien mignonne, bien morale, correctement peignée avec la raie sur le côté. On s'attend presque à entendre résonner le générique d'Arnold & Willy ("Personne dans le monde/ Ne marche du même pas/ Et même si la Terre est ronde/..."). Un p'tit coup de vieux, Norman ?
Bon, qu'on se résume : deux bonnes idées gâchées, un Reynolds en petite forme, un long machin pénible, un "truc" difficile à qualifier et un Spinrad qui loupe sa sortie... Un numéro de Galaxies à jeter ?
Non, quand même pas... Il y a le reste du dossier Spinrad, une interview et une analyse de son oeuvre, toutes deux intéressantes, et puis une très belle couverture qui m'évoque irresistiblement Jean Seberg dans Sainte-Jeanne de Preminger. Et un bouquin qui fait penser à Jean Seberg ne peut pas être totallement mauvais...

J-F S.

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06 juin 2006

Mot d'auteur

Une phrase qui m'a fait beaucoup rire dans la sus-citée interview de Lehman, et qu'il attribue à Michel Jeury : << Le milieu de la S-F est composé de mégalomanes et de paranoïaques, et ils m'en veulent tous parce que je suis le meilleur. >>

J-F S.

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Lehman dans Bifrost

Je continue la lecture du dernier Bifrost. Après les nouvelles, la très longue (plus de 35 pages !) interview de Serge Lehman par Richard Comballot. C'est un texte passionant qui revient sur l'histoire de la SF française depuis une vingtaine d'années, doublé de réflexions de Lehman sur la SF en général, son oeuvre en particulier et surtout le rapport entre l'auteur, ses écrits et sa vision du monde.
Juste pour le plaisir, un petit extrait :
<< Le capitalisme est tellement stupide. Tellement vulgaire, surtout. Mais enfin plus ça va et plus il semble évident que cette stupidité, cette vulgarité sont des fonctions, exactement comme le côté aveugle d'un système d'exploitation informatique. [...]
J'ai relu l'été dernier 1984 d'Orwell [...] il y a ce passage extraordinaire où le chef de Winston révèle la vraie nature du régime de l'Angsoc : "Tous ceux qui nous ont précédés ont ressenti le besoin de justifier l'exercice du pouvoir au nom d'intérêts supérieurs, la nation, la race, la défense des intérêts de telle ou telle classe... Nous non. Nous, nous voulons le pouvoir pour le pouvoir - parce qu'il n'y a rien d'autre à vouloir en ce monde -, nous sommes dans la vérité absolue, c'est ce qui nous rend invulnérables". >>

J-F S.

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02 juin 2006

Bifrost, n°42

Lecture en cours : S. P. Somtow, Chroniques de l'Inquisition.

Comme promis, un avis rapide sur les nouvelles qui composent le dernier Bifrost, qui, pour fêter ses 10 ans d'existence, nous sort un gros volume (384 p !) avec dix nouvelles d'auteurs francophones.

Claude Ecken, Le propagateur. Dans un futur très proche, un médecin fait la découverte d'une inquiétante épidémie sur fond de mémétique et de prise de conscience écologiste. Un long texte très bien construit, une vraie leçon de narration, au service d'une réflexion très riche sur l'écologie politique. Une nouvelle qui démontre avec brio que la SF est vraiment la littérature de l'intelligence. Est-il besoin d'ajouter que c'est le texte que je préfère dans ce Bifrost ?
Thierry Di Rollo, Vie (TM). Un très court texte (trois pages), une histoire à chute. Comme toujours chez Di Rollo, le propos est plein d'un optimisme joyeux et d'un goût pour la vie communicatif (nan, j'dis ça pour rire...). Bon, c'est bien écrit, la chute fait sourire, mais ça ne va pas chercher très loin.
Catherine Dufour, La liste des souffrances autorisées. Où l'on découvre que, dans un avenir proche, le marketing sera encore plus cynique et pourri que maintenant. Une nouvelle à la fois drôle et glaçante. Une fois encore, l'écriture est impressionante. Tout en gardant son style à la fois très littéraire et pétillant, Catherine réussit à rendre un très bel hommage à American Psycho de Brett Easton Ellis, tant par la forme que par le fond. Très fort !
Thomas Day, Le dernier voyage de l'automate joueur d'échec. Une longue histoire de Steampunk, la quête d'un automate à la recherche de son âme, doublée d'un voyage de l'Europe vers l'Afrique (la fascination pour ce genre de périple est classique chez Day). Un texte intéressant, bien écrit, mais un peu trop sage. Lors de la fête d'hier soir, Thomas Day racontait qu'on lui reprochait autrefois "d'écrire avec des seaux de sang et de sperme" et que cette époque était révolue, mais, grand admirateur que je suis de L'instinct de l'équarisseur, Démon aux yeux de lumière ou Stairways to hell, j'ai tendance à le regretter un peu. Et puis quand même, un truc qui m'a fait rigoler comme un bossu (mais je ne suis pas sûr que ça soit volontaire...), c'est le concept de l'automate à ressort qui se remonte lui-même. Ça coince un peu du côté de la conservation de l'énergie...
Pierre-Paul Durastanti, La fille qui souriait en regardant la mer. Un texte assez court, qui commence comme une légende venue de Bretagne ou d'une région similaire, pour ne dévoiler ses dessous science-fictifs que dans les toutes dernières lignes. Une très jolie écriture, mais une intrigue un peu poussive peut-être.
Xavier Mauméjean, Pour mon dernier anniversaire. Comme souvent avec Mauméjean, ce texte me laisse partagé entre l'admiration pour la force des images que l'auteur sait créer et la frustration d'avoir lu quelque chose qui n'est peut-être pas abouti. Ça démarre très fort, avec ce mélange de provocation, de morbide, de non-sense et d'étrange qui faisait déjà tout l'intérêt de La Faim du monde (déjà dans Bifrost), puis l'histoire se dévoile petit à petit, et s'arrête un peu brutallement. On en voudrait plus. Plus d'explications, plus de récit dans cet univers qui se referme à peine mis en place. Mais ça reste une lecture dérangeante et envoutante en même temps...
Francis Berthelot, Le cimetierre des toucans. Une histoire qui parle du processus créatif et qui joue avec l'idée de cimetierre des éléphants. C'est peut-être très bien, intéressant, poétique ou je ne sais quoi, mais je suis passé complétement à côté du texte...
Johan Heliot, Toute la force de leur amour. Une histoire de fin du monde sur fond d'invasion extra-terrestre. Bien écrit (quoique le style de Heliot, toujours un peu empoulé, m'agace souvent), bien construit, mais c'est un texte un peu trop sage. À côté des envahisseurs de Mauméjean, les ET de Heliot font un peu pâle figure.
Patrick Imbert, Elle s'appelle Adèle. Là, je n'ai vraiment pas accroché. Une histoire de fliquette qui apprend à se battre, avec un luxe de détails anatomiques et de sang qui gicle. Beaucoup de testostérone, et pas beaucoup d'histoire autour... Je n'ai pas fini de lire cette nouvelle, ce qui fait que je ne saurais jamais si, à la fin, elle est morte, Adèle (j'ai pas pu m'en empêcher...).
Serge Lehman, Superscience. Encore une novella. Un univers parallèle, qui a sans doute divergé du notre en 1941, et qui se construit à partir des oeuvres d'art qui fuient le premier univers ravagé par le nazisme. Une très belle idée. On peut reprocher à Lehman une mise en place un peu laborieuse de son univers, il faut accepter de lire plus de la moitié du texte sans comprendre ce qui se passe vraiment, et c'est parfois un peu agaçant. Mais c'est en même temps un récit très intéressant et bourré de références érudites (un peu trop, peut-être ?) à l'art et à l'urbanisme de la première moitié du XXe siècle. Moi qui avais gardé une mauvaise opinion de Lehman après avoir lu F.A.U.S.T que je trouvais un peu naïf et simpliste, me voila rassuré. Il ne me reste plus qu'à attaquer Le Livre des ombres qui attend sur ma pile des "à lire" depuis plusieurs mois...

Bon, en résumé, un gros Bifrost qui a l'avantage de présenter un joli panorama de la SF française récente. Des textes inégaux, mais trois nouvelles à lire absolument (Ecken, Dufour et Mauméjean) et deux bonnes novellas (Day et Lehman), ça fait au moins 50 % des textes qui valent le coup d'être lus, et en matière de nouvelles, c'est un score tout à fait honorable, il me semble.

Still Crazy célèbre elle aussi l'événement sur son blog...

 

J-F S.

 

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22 novembre 2005

Bifrost 40

Lecture en cours : En remorquant Jéhovah, de James Morrow (ce livre est autorisé par le ministère de l'Intérieur).

 

Un rapide survol du dernier Bifrost (en tout cas de la partie nouvelles) :

 

  • La présence (Lucius Shepard) : toujours embettant de dire du mal d'un texte qu'on sent inspiré par le besoin de dire l'horreur suscitée par les attentats contre le World Trade Centre, ça part certainement d'une émotion légitime. Mais il n'en reste pas moins que la nouvelle de Shepard n'arrive pas à décoller (hu hu hu, c'que je suis drôle...). Quelle que soit l'origine, on se retrouve au final avec une n-ième histoire de fantôme sans grand intérêt. Peut-être que les grandes douleurs devraient rester muette ?
  • Dans le trou de la bombe (Jean-Pierre Lion) : en quelques pages, l'agonie d'un salaud. Bon, mais alors ? En plus de ça, ce texte donne la désagréable impression que les éléments futuristes ne sont là que pour le décorum, pour justifier une publication dans une revue de SF. On imagine très bien la même histoire (non-histoire) dans n'importe quel conflit. Avec un fusil laser ou une hallebarde, un militaire reste un salaud.
  • Alice et ses reflets (René Réouven) : après l'anthologie dirigée par Comballot parue chez Mnémos, encore un texte sur Alice ? Mais ça valait le coup. J'aime beaucoup cette histoire qui fait passer et repasser Caroll de part et d'autre du miroir, ainsi que le lien irrévérencieux que Réouven fait entre Alice et un autre grand personnage de l'Angleterre victorienne...
  • Mata Napari (Francis Berthelot) : une intéressante variation autour du thème du double, du changement de sexe et du "caméléon" à partir de la vie mouvementée de Mata Hari. Seul regret : c'est trop court, j'aurais aimé quelque chose de plus développé...
  • Vol United 93 pour San Francisco (Christophe Lambert) : beaucoup moins compassé et gnan-gnan que Shepard, Lambert aborde le "nine-eleven" avec une histoire plutôt amusante d'explorateur temporel. Même si le début du texte se vautre de façon systématique dans les clichés du genre, l'histoire se laisse très bien lire. La fin, qui ne brille pas par son originalité, est bien amenée et conclut avec le cynisme nécessaire un bon texte sur un sujet casse-gueule.

Ite missa est.

J-F S.

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10 novembre 2005

Galaxies 38

Un rapide avis sur les deux revues, reçues récemment, et qui n'ont pas déclenché chez moi des torrents d'enthousiasmes débridés. Le dernier Galxies, tout d'abord. Une très belle couverture de MIchel Borderie et un excellent dossier sur Jeffrey Ford justifient à eux seuls l'achat de ce numéro. Pour le reste, par contre, ce n'est pas follichon :

  • Aucun souvenir assez solide, de Alain Damasio : dans un style très différent mais tout aussi travaillé que la Horde du contrevent, un court texte qui est peut-être bien, mais qui m'est apparu comme incompréhensible.
  • Meubles de jardin, de Marcus Hammerschmitt : histoire ultra-éculée du type qui tombe amoureux de son robot. C'est long et c'est cousu de fil blanc.
  • Chronique terrienne, de Claire et Robert Belmas : une idée de départ sympathique, mais le style est un peu chichiteux, les méchants fascistes sont carricaturaux à souhait, et l'ensemble a du mal à décoller (ce qui n'est pas étonnant pour une histoire traitant de ceux qui n'ont pas eu le droit de partir dans l'espace... hu hu hu !)
  • Animas, d'Olivier Paquet : comme pour la nouvelle de Hammerschmitt, ce n'est pas que l'idée soit mauvaise, mais elle a été déjà tellement traitée que ça en devient lassant. Des types partent explorer une planète a priori inhabitée et... devinez quoi ? en fait on y trouve une vie intelligente sous une forme à laquelle on ne s'attendait pas ! Mais, sacrénom, où vont-ils chercher tout ça ? Chez Swanwick ? À noter, dans ce texte, une perle magnifique : "À part de l'herbe et des arbustes, aucun animal n'avait été détecté.". Comme quoi, on ne se relit jamais assez !
  • Grandeur et décadence d'une valeur boursière, de Fabien Tournel : là encore, le texte en lui-même n'est pas mal, mais n'y a-t-il pas plus pertinent que d'écrire des histoires de sportif de haut niveau broyé par les enjeux financiers qui pourrissent le sport de compétition ? Bon, il semble que le thème soit important pour Fabien Tournel, puisqu'il lui avait consacré un numéro complet de l'excellent fanzine qu'il éditait autrefois, Luna Fatalis. Je me souviens que le meilleur texte de ce numéro était une courte histoire prenant le contre-pied de l'habituelle critique du dévoiement du sport : un long discour pour demander l'interdiction de la pétanque, sport violent, dangereux et malsain s'il en est !
  • L'empire de la crème glacée, de Jeffrey Ford : j'ai déjà dit tout le bien que je pensais de cet auteur, cette nouvelle ne fait que le confirmer.

Ouf, c'est tout pour aujourd'hui, sinon on va croire que je n'aime rien tant que dire du mal des gens... Le tour de Bifrost viendra dans peu de temps.

J-F S.

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05 octobre 2005

Question de style...

Deux annonces de parution de revues sont apparues aujourd'hui sur la liste de diffusion SF-info. La première vient des Moutons électriques, l'éditeur de Fictions :

 

"Il vient à l'instant d'arriver chez son éditeur: Fiction tome 2 est disponible!
Nouvelles de [...]. Portfolio de Gahan Wilson. 339 pages, 19 euros."

 

La seconde du Belial, qui publie Bifrost :

 

"Bifrost 40 envoyé chez l'imprimeur aujourd'hui [...]. Au sommaire, des nouvelles de : [...] et les rubriques critiques habituelles... Le tout sous une couverture d'Eric Scala qui tue sa mère, et pour la modique somme de 10 euros.
Aztechs recueil de Lucius Shepard [...] Couverture de Nicolas Fructus, qui tue sa race (sa mère est morte plus haut) 22 euros."

 

Bien sûr, le marketing ne fait pas tout... Mais il y a quand même un style éditorial que je trouve plus décontracté que l'autre.

J-F S.

 

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25 août 2005

Galaxies n°37

Plop ! Un nouveau Galaxies. Une première déception, en le feuilletant : Stéphanie Nicot ne répond pas à la virulente attaque dont elle est la cible dans une tribune libre que Gilles Dumay a publié dans le dernier Bifrost... Moi qui espérais une nouvelle guerre des revues, dans la grande tradition des Cahiers du Cinéma et de Positif !

Laissant pour les longues soirées d'hiver à venir le gros dossier consacré à Dunyach, j'ai attaqué la lecture des nouvelles. Les textes de Jean-Marc Ligny et de Robert Sheckley sont agréables à lire, drôles et bien écrits. Mais c'est surtout le très beau récit de Sylvie Lainé, Les yeux d'Elsa, qui m'a touché. Sur une base ultra-classique ("boy meets girl", même si la girl est un dauphin ici), Sylvie Lainé donne une nouvelle émouvante, triste et sensuelle, en même temps douce et pleine de passion. De la grande littérature !


J-F S.

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