08 octobre 2007
Rédemption
Je vais finir par penser qu'Alastair Reynolds est un appeau à bigots. J'avais déjà raconté comment je m'étais fait racoler par un jeune séminariste chrétien en lisant La cité au bord du gouffre dans le métro.
Récemment, c'est la lecture de L'arche de la rédemption qui m'a valu les attentions zélées d'un musulman enthousiaste.
Après une journée harassante de travail, je jaillis de mon bus, mon Reynolds à la main (oui, j'ai de grosses mains). Le vide sidéral qui emplissait mon frigidaire me poussa à faire un crochet par une sandwicherie de la rue Saint-Esprit (à ce moment-là, le caractère prophétique de ce nom ne m'apparaissait pas encore).
Alors que mon panini (panino ?) chauffait, le jeune homme qui officiait aux fourneaux engagea la conversation :
<< En pleine lecture ?
- Oui.
- Qu'est-ce que vous lisez ?
- Un roman de science-fiction. Ca s'appelle l'Arche de la Rédemption.
- La Rédemption ? Qu'est-ce que ça veut dire ? >>
Ah zutre... Me voila partie dans une tentative d'explication théologique sur le concept de rédemption. Moi qui n'ai jamais foutu le début d'un orteil dans un cour de catéchisme. Bon. J'explique tant bien que mal, et voila l'autre qui, tout en surveillant la crémation de mon corpus christi fourré tomates-fromage, embraye sur le terme d'arche.
« Ça parle de Noé, votre livre ?
- Non, non. Il emploie le mot "arche" juste pour désigner un grand vaisseau spatial qui permet de sauver la population d'une planète avant sa destruction, mais je ne crois pas qu'il faille y voir de connotation religieuse.
- Parce que, vous savez, chez les Musulmans aussi, Noé est un personnage très important.
- Bah, si vous le dites... Mais en fait, ce roman ne parle pas trop de religion. Même si le titre utilise des mots un petit peu connoté, ce n'est pas vraiment la préoccupation majeure de l'auteur.
- Ah bon ? Mais il ne parle pas de l'orgine du monde, alors ? »
J'essaye d'expliquer poliment et en peu de mots les grandes lignes du cycle des Inhibiteurs à mon interlocuteur, tout en comprenant que lui n'en a rien à faire de la SF, mais qu'il veut simplement causer religion. Perspective peu enthousiasmante un vendredi soir, le ventre vide. Heureusement, le panini est enfin cuit. Il me l'emballe, et là, alors que je me croyais tiré d'affaire, le voilà qui se fait tentateur :
« Vous avez le temps de prendre un verre de thé ? Offert par la maison. »
Poliment, je bafouille une excuse bidon (les vaches à traire, les gamins à aller chercher à l'école, ou une vieille tante grabataire qui m'attend, je ne sais plus.) et je m'enfuis dans la rue obscures, tout heureux d'avoir échappé au thé au logis. Mais je ne peux m'empêcher de penser que nous vivons des temps inquiétants, si les seuls quidams s'intéressant à notre genre de prédilection sont des adeptes de la lecture d'un seul livre...
Nul doute que lorsque je vais attaquer la lecture du Gouffre de l'absolution, un rabbin va me tomber dessus, kipa au vent et Torah à la main. De toute façon, il est bien connu que quand on lit un grand nombre de Reynolds, il faut s'attendre à quelques turbulences (j'ai honte de ce calembours, mais je n'ai pas pu résister...)
J-F S.
30 août 2006
Bob n'aime pas les animaux
Ce matin, grande angoisse existentielle... Je me demandais quel était le nom de la première chienne à avoir été envoyée dans l'espace (malgré les événements qui ont accompagné la naissance du mouvement "Sauvons la recherche", la réponse n'est pas "Claudie Haigneré"...). Mal remis des excès de la veille (pensez donc : une verveine à onze heures du soir ; il faut avoir le foie bien accroché), j'hésitais entre "Laïla" et "Leila"... Tout le monde sait bien que la réponse est Laïka ("petit aboyeur").
Mais bon. Je consulte donc le Robert des noms propres. Eh bien rien, nada, que dalle ! Le vénérable Bob ne considère pas que cette petite bête fait partie des personnages historiques célèbres. Je trouve ça choquant...
Je me suis donc rabattu sur internet. Fait intéressant, la version française de Wikipédia, à son article "Chien", ne liste que deux quadrupèdes célèbres : Laïka et... Baltique, la chienne de Mitterrand.
J'ai aussi trouvé cette page, qui raconte la tragique fin de cette pauvre Laïka.
J-F S.
10 août 2006
De pire en pire...
Lecture en cours : Neil Gaiman, Anansi Boys
Ma fréquence de posts sur ce blog est de plus en plus lamentable... Cette fois-ci, j'ai une (mauvaise, comme il se doit) excuse : un déménagement m'a longtemps privé de connection internet. Voila ce que c'est que d'aller s'exiler dans de lointaines provinces !
Bon, puisque j'ai changé de ville, de région... autant que ça serve : un petit coup de pub pour une excellente adresse à l'intention des quelques rares égarés qui viendraient traîner du côté de Clermont-Ferrand : à peine arrivé, j'ai eu le plaisir de rencontrer le sympathique libraire de Luna Libre, situé à deux pas d'une statue d'Urbain II (moi, ça me scie qu'on élève une statue à un hystérique du goupillon qui n'a rien trouvé de plus malin que de brailler "Allez donc massacrer du Basané, ça fera plaisir à Dieu !", mais bon, les voyages organisés, ça m'a toujours gonflé...).
Luna Libre, disais-je donc : librairie spécialisée en fantastique, SF, fantasy, manga et jeux de rôles, au 10 rue Massillon, tout près de la place des Victoires.
Je n'ai bien sûr pas résisté au plaisir de faire fumer la carte bleue : le Gaiman cité plus haut, Aube d'acier, de Charles Stross, suite du Crépuscule du même métal, Le pistoléro de Stephen King et Le royaume blessé de Laurent Kloetzer ont rejoint mes étagères...
J-F S.
02 juin 2006
N'est pas mort ce qui à jamais dort...
Tiens, tiens... Aurais-je un peu négligé ce blog ces derniers jours semaines
mois ? Bon, j'avais plein d'excuses : de mutliples occupations, le
manque de temps, un déménagement à préparer,... une bonne dose de
paresse. Et puis, je ne m'en faisais pas trop, persuadé que j'étais de
ne pas avoir de lecteurs (avec cinq ou six visites quotidiennes, dont
la moitié qui arrivent via des recherches avec un unique mot-clef qui
commence par un B et qui fait allusion au saucissonage de ses
contemporains dans un but erotico-ludique et qui renvoient à ce post...).
Or
voila que hier soir, je vais à la petite fête organisée par Bifrost à
l'occasion des dix ans de la revue. Quelques verres plus loin, je me
retrouve attablé dans un restaurant, entouré de pleins d'écrivains
prestigieux et néanmoins sympathiques. Et l'un d'eux me demande ce que
je fiche ici, si j'écris ou quoi... Et d'un seul coup, il me dit : "Ah
mais c'est toi qui fais ce blog sur la SF ? Pourquoi as-tu arrêté ? Tu
fais partie des quelques blogs que je suis, et depuis mars il n'y a
plus rien... " Et moi de rougir comme une midinette : "Mais non
M'sieur, j'ai écrit ça comme ça... Mais j'ai pas arrêté, mais
gnagnagna...".
Donc bref, me revoila, l'ego regonflé à bloc par les encouragements d'un auteur que j'admire beaucoup.
Et pour terminer, deux mots sur la sus-dite "soirée Bifrost" : très sympathique, elle m'a tout d'abord permis de découvrir une grande librairie à deux pas de Paris (librairie Millefeuille, 174 rue de Fontenay à Vincennes) qui a gentiment accueilli tout le monde. Puis, lors du repas, j'ai entre autre découvert "de près" Serge Lehman, dont je connais peu les écrits. Dans la vraie vie, c'est quelqu'un doté d'un grand sens de l'humour et d'une gigantesque culture sur l'histoire de la SF, ainsi que de visions très précises sur la place du genre dans la littérature et son évolution. L'occasion aussi de discuter avec Xavier Mauméjean des différentes nouvelles publiées dans ce Bifrost spécial anniversaire et de vérifier que, comme me l'avait dit son éditrice, c'est quelqu'un d'extrêmement sympathique. Vivement les 20 ans de la revue !
Sinon, tandis que mon blog prenait la poussière sur une étagère oubliée de l'internet, j'ai lu pas mal de choses. Toujours ébloui par le talent de Jeffrey Ford, j'ai dévoré Le portrait de Mme Charbuque, un roman historico-fantastique se déroulant à New-York à la fin du XIXe siècle Le deuxième tome du cycle des Inhibiteurs d'Alastair Reynolds, La Cité du gouffre, m'a paru moins fort en matière de délires "hard-science" que le premier tome, mais mieux ficelé en termes d'action, de narration et surtout -c'était le gros défaut du précédent- de construction des personnages, qui prennent enfin vie. Non seulement Reynolds est une brute en matière d'astrophysique et de délires sur l'univers, mais on découvre ici que c'est aussi un vrai raconteur d'histoires.
Du côté cinéma, je suis allé voir V for Vendetta, pour
lequel j'avais exprimé ici mes nombreux a-priori. Et j'ai été très
agréablement démenti ! Excellent film, très respectueux de la BD dont
il est tiré (à se demander pourquoi Allan Moore fait sa chochotte en
retirant son nom du générique, alors qu'il n'avait rien dit à propos du
calamiteux Ligue des Gentlemen extraordinnaires... ?), bien mis en scène
(ah ! les scènes d'explosion sur fond d'Ouverture 1812 de Tchaikovski... Mais n'est-ce pas une forme masquée de french bashing ?)
et très bien joué (plus ça va, plus j'apprécie Nathalie Portman). J'ai
aussi vu, en DVD, Capitain Sky et le monde de demain, un truc fabuleux,
brillant, magnifique : le pur pulp qu'on aurait produit à la fin des
années 30 si on avait eu les effets spéciaux de maintenant !
Bon, j'arrête là, ça commence à faire long ! Je parlerai, dans un autre post, du contenu du dernier Bifrost.
J-F S.
08 mars 2006
Marketing biblique
Ce matin dans le métro. Affluence,
problème technique, voyageurs entassés les uns sur les autres... La
routine. D'une main, je me crampone à une poignée, de l'autre je tiens La Cité au bord du gouffre,
d'Alastair Reynolds, dont je lis les dernières pages. Mon voisin, un
jeune homme à lunettes, propre sur lui, se contorsionne et dégaine, à son
tour, un bouquin, enchâssé dans un très joli couvre-livre en cuir.
Attiré par l'élégance de l'objet, je jette un oeil en coin pour savoir quel est le livre qui a droit à tant d'égards. C'est le livre. La Bible.
Aussitôt, je me méfie ("Méfiez-vous de ceux qui ne lisent qu'un seul
livre", disait je ne sais plus qui). Nous continuons chacun notre
lecture, lui plongé dans l'Apocalypse. Quelques stations plus
loin, il referme son ouvrage. Moi pas, je voyage toujours dans les
ruelles sordides de Chasm City. Et ne voilà-t-il pas que le chrétien
ferroviaire m'adresse la parole :
<< Excusez-moi... Si vous aimez le fantastique, vous devriez lire la Bible. Il y a des passages qui sont pas mal.
-- Je ne lis pas de fantastique, je lis de la science-fiction. Quant à la bible, je l'ai parcourue en diagonale, mais ça ne m'a pas passionné. >>
Où
allons-nous, si maintenant les grenouilles de bénitier cherchent à
utiliser les littératures de l'imaginaire pour faire la retape de
leur crémerie ? C'est Le monde de Raniania et tout le "buzz"
évangéliste autour du film qui leur a donné des idées ? J'ai dû
paraître assez mal embouché aux yeux mal ouverts de ce missionaire en
herbe (en quittant le métro, il a d'ailleurs murmuré un vague <<
Bon bin... sans rancunne, hein ? >>), mais
- je n'aime pas qu'on me dérange pendant que je lis (surtout quand j'en suis à la page 930 d'un bouquin qui en compte 940) ;
- je n'aime pas qu'on essaie de me faire prendre le messie pour une lanterne ;
- quand on confond fantastique et science-fiction, faut pas s'étonner de susciter l'agressivité de ses contemporains.
Et encore... Je n'ai pas osé lui dire que si je n'avais pas envie de lire le Nouveau Testament, c'est parce que je savais déjà que le héro mourrait à la fin...
J-F S.