30 novembre 2006

Le royaume blessé

Lecture en cours : Wayne Barrow, Bloodsilver.

Un lecteur un tant soit peu attentif de mon blogue pourrait penser penser que j'éprouve une certaine animosité envers l'heroic-fantasy. C'est totallement faux. Je n'aime pas les mauvais romans, c'est tout. Après, ce n'est pas de ma faute si la plupart des machins étiquetés HF sont d'une qualité médiocre (et encore, je suis poli...). Même les soi-disant "incontournables" du genre : "Tu devrais lire Robin Hobb, ça déchire sa race", "Ah oui, mais la Compagnie noire, c'est pas de la fantasy de fillette, ça te plaira", "Comment peut-on ne pas aimer Tolkien1 ? Forcément, il faut le lire en anglais2, la traduction est pourrie"...

Mais bon, malgré cette légitime méfiance, je me suis attaqué au gros pavé (600 et quelques pages !) qu'est le Royaume blessé. Avant tout parce que, depuis que j'ai lu Reminiscence 2012, je sais que Laurent Kloetzer est un monsieur très bien. Avec du style et avec des idées. Il y en a au moins trois dans le Royaume blessé qui méritent qu'on s'y arrête.

D'abord, une volonté de "casser les codes". Le roman raconte la vie du frère d'un roi presque légendaire, jeune homme bouillonant, à cheval entre deux cultures, celle, policée, d'un grand empire ultra-administratif et celle, beaucoup plus agitée, d'un groupe de tribus plus ou moins barbares. Dès le départ, le personnage principal semble marqué par un destin plus grand que lui (héritage de ce frère dont l'histoire, inspirée de la vie d'Alexandre le Grand, est brossée en quelques chapitres d'une efficacité impressionante). Mais bien vite, Kloetzer s'empresse de prendre ses lecteurs à contre-pied : le destin n'existe pas, si le personnage fait des conneries (il en fait beaucoup), rien ni personne ne le sauvera. Finallement, le Royaume blessé raconte la trajectoire d'un homme qui voulait être un héros, qui se croyait destiné à devenir une légende, et qui paiera de sa déchéance les conséquences de ses actes.

Presque comme un corrolaire de ce parti-pris, Kloetzer réussit à bannir pratiquement tout élément fantastique (si l'on excepte quelques passages dans le royaume des morts) de l'histoire : pas de monstres, pas de sorciers, pas de magie, pas de malédiction... Uniquement des hommes, des femmes, des actes et des sentiments.

Et tout cela sans ennuyer son lecteur une seconde. Malgré ces contraintes, malgré la longueur du texte, on se laisse emporter par l'action, par les rebondissements, par l'ambiance. Seul défaut que l'on pourrait reprocher au Royaume blessé : on décroche parfois un peu de l'histoire en raison de la multiplication des personnages qui surviennent, disparaissent, reparaissent 100 pages plus loin...

Enfin, dernier des trois points qui m'ont marqué dans ce roman, la narration. L'histoire nous est contée par une sorte de barde/enquêteur, qui finira par briévement croiser son idole. Procédé assez classique, me direz-vous, mais là où les choses deviennent intéressantes, c'est dans la façon habile avec laquelle Kloetzer alterne deux histoires : d'un côté, la vie tumultueuse de cet "homme qui voulait être roi", de l'autre les tribulations, parfois comiques, de son biographe autoproclamé. Héros contre hérault, en quelques sorte, et les aventures du second sont tout aussi passionantes. Ce procédé présente en plus l'intérêt d'offrir un autre point de vue sur l'univers du roman, plus terre à terre, moins grandiloquent, ce qui renforce la crédibilité du monde créé par Kloetzer.

Petit ajout : un lien vers le site de Laurent Kloetzer (même si celui-ci ne parle pas de son dernier roman... A quand une mise à jour ?).


 


J-F S.

 

1 : Prononcer "Tolkeeeeeeeeen", pour faire celui qui sait.

 

2 : Et pourquoi pas en quenya ?

Posté par J_FS à 20:56 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le royaume blessé

  • La mise à jour du site aura lieu quand j'aurai trouvé le temps de lui refaire une maquette.
    Pfff, quel boulot !

    Posté par LK, 01 décembre 2006 à 14:55 | | Répondre
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