Je viens d'achever Le goût de l'immortalité de Catherine Dufour. À la seconde lecture (j'avais eu la chance de pouvoir lire le manuscrit il y a quelques mois), c'est toujours aussi grand. Certe, Catherine est une amie, et j'ai donc tendance à considérer d'un oeil favorable tout ce qu'elle fait. Mais pour ce dernier roman, je crois être objectif en écrivant qu'il y a là quelque chose de sublime. Un Événement dans le monde de la science-fiction.
Le goût de l'immortalite, couverture de CazaJe ne dirais pas grand chose de l'histoire, il vaut mieux aller voir sur le site de l'auteure (et éviter Noosfere, dont la critique publiée récemment fait un gros spoiler regrettable, à mon avis...). Outre l'univers, ce qui me frappe le plus, c'est le minutieux travail d'écriture, le style d'une grande beauté, aussi présent, aussi important que dans la horde du contrevent de Damasio.
Le résultat produit une sensation étrange. Le rythme semble lent, apaisé, le verbe est toujours à la limite du sophistiqué mais sans jamais être pédant. Il est très travaillé, et pourtant, à la lecture, on a l'impression que c'est naturel, fluide. Et sous cette apparence polie, douce, l'auteure dit les pires choses, décrit un monde terrible, trace un portrait des plus pessimistes de l'humanité (pessimisme que l'on voyait déjà dans son précédent roman, Merlin l'ange chanteur). Chaque mot semble être à sa place, et en même temps de subtiles distorsions viennent provoquer un malaise qui accompagne toute la lecture. Ce décalage constant entre la forme stylisée et le fond d'une noirceur terrible est assumé dès le début du roman : "La réalité se laisse un peu moins mal regarder, mais elle est pire."
Dans un précédent message, je me moquais de l'emploi à des fins marketing de la phrase de Nietzsche : "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort". Le goût de l'immortalité répond de façon magistrale à cet aphorisme : "La souffrance n'élève pas, elle abaisse. Elle ne rend pas intelligent, elle abrutit ; elle ne rend pas plus fort, elle fêle [...] elle ne mûrit pas l'esprit, elle le blettit."

J-F S.